« Le dernier jour d’un condamné », une leçon d’humanité signé Victor Hugo

Place à une nouvelle rubrique ! Dans cette dernière, le but n’est pas de critiquer un livre que j’aurai lu, mais d’analyser et décortiquer une oeuvre, découvrir la volonté de son auteur, mais aussi comprendre les enjeux entourant celle-ci. Si je ne peux vous promettre une objectivité sans faille, je peux vous garantir que j’ai quelques histoires à vous raconter. 

Les derniers moments d’un être que la justice a condamné à mort. Espoir et désespoir, joies et souffrances ainsi que le séisme moral que subit cet homme (source : SensCritique).

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Alors qu’il n’avait que 26 ans en 1829 (date de la première publication de cette oeuvre), Victor Hugo ne le savait certainement pas, mais il venait d’écrire le plaidoyer politique pour l’abolition de la peine de mort le plus célèbre au monde. En effet, Le dernier jour d’un condamné est une oeuvre qui, sous la forme d’un témoignage d’un condamné à mort, s’inscrit dans une lutte contre cette horrible peine et est aujourd’hui, mondialement connu et reconnu.

Mais pourquoi une telle oeuvre ? Parce que malgré son jeune âge, Victor Hugo, face au spectacle populaire de la guillotine, s’indigne de voir ce que la société se permet de faire, de sang-froid et sans aucune honte, ce qu’elle reproche à l’accusé de faire. En d’autres termes, punir le meurtre par le meurtre. Pour la petite histoire d’ailleurs, c’est après avoir vu un bourreau graisser une guillotine sur une place publique aux yeux de tous, en prévision d’une exécution prévue le soir même, que l’écrivain français a décidé d’écrire cette oeuvre, qu’il achèvera en seulement 2 mois et demi. Déjà fortement engagé notre cher Hugo national.

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Anecdote assez cocasse, son éditeur de l’époque (Charles Gosselin) craignait que cette oeuvre face un flop auprès du public car ce roman ne comportait pas d’actions, au point qu’il aurait proposé à Victor Hugo de modifier un peu l’histoire, en y incorporant l’histoire du condamné. En effet, chose encore assez rare de nos jours, Hugo avait décidé de ne rien dévoiler de son personnage principal, même pas son prénom et son crime l’ayant condamné à mort, dans le but de focaliser le lecteur sur l’horreur de cette peine. Victor Hugo fera l’objet de plusieurs critiques à cause de ce parti-pris.

En effet, malgré une reconnaissance mondiale aujourd’hui, Le dernier jour d’un condamné a été mal assez mal reçu au moment de sa sortie. Tandis que certains reprochaient à ce livre d’être un mauvais plaidoyer contre la peine de mort, d’autres soulignaient fermement les longueurs du livre et le fait que le personnage principal soit si abstrait, faute d’informations sur lui.

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Sensible aux critiques, Victor Hugo écrira alors une longue préface où il précisera que Le dernier jour d’un condamné se veut être « une plaidoirie générale et permanente pour tous les accusés ». Bien lui en a pris puisque cette préface lui permettra d’atténuer les critiques et de donner du relief à son oeuvre.

Oui, cette dernière ne vise pas à dénoncer la mort d’un homme en particulier, mais bien la peine de mort en elle-même. A travers son personnage, VH cherche à souligner la difficulté d’appréhender la mort pour un homme à qui on a tout enlevé. Comment peut-on respirer, vivre ou encore s’endormir avec cette pensée qui nous ronge un peu plus à chaque seconde qui passe ?

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Je dois bien l’admettre, avant d’avoir lu ce célèbre livre, je n’avais jamais vraiment songé à la mort alors que finalement, nous ne sommes que chair, c’est-à-dire des êtres éphémères. Parce que la nouvelle génération n’a jamais été confronté à la peine de mort puisque celle-ci fut aboli en 1981 (le 18 septembre), il est difficile de se rendre compte à quel point le combat de Victor Hugo était à la fois louable et représentait une lutte ô combien difficile. A titre d’exemple, pour vous montrer à quelle point la peine de mort était ancrée dans les mœurs, lors du vote en 1981, encore 177 députés votaient contre l’abolition de cette peine. C’était il y a moins de 40 ans…

Véritable spectacle, à l’image des combats de gladiateurs du temps des Romains, la mort d’un homme ressemblait à un cirque à l’époque. Oui, cela fait froid dans le dos, mais ôter la vie à un homme était une attraction il y a encore peu. Mais où était donc le bon-sens ? 

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Ainsi, je ne veux pas vous raconter la fin du livre, mais les 10 dernières pages m’ont rempli de tristesse, mais aussi de dégoût pour l’Homme. Je ne peux que louer le travail de Victor Hugo, tant pour ses innombrables recherches que pour cette sensation de réalisme à chaques faits ou événements.

Il ne faut pas oublier que la mort ne supprime pas seulement un homme, mais elle annihile aussi les souvenirs et les sentiments, le passé comme l’avenir, une vie comme toute une famille… Alors qui sommes-nous pour décider du sort d’un de nos semblables ? Merci pour cette leçon d’humanisme Monsieur Hugo. 

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64 commentaires sur “« Le dernier jour d’un condamné », une leçon d’humanité signé Victor Hugo

  1. Salut ! Super blog 🙂 Sujets variés, c’est agréable à lire.

    Ce livre d’Hugo me rappelle un roman de Camus et une nouvelle de Kafka. Tu le dis toi-même « ce roman ne comportait pas d’actions », « Hugo avait décidé de ne rien dévoiler de son personnage principal, même pas son prénom et son crime l’ayant condamné à mort, dans le but de focaliser le lecteur sur l’horreur de cette peine », « mal assez mal reçu au moment de sa sortie ». « personnage principal soit si abstrait, faute d’informations sur lui ». C’est un peu les mêmes procédés dans « L’étranger » et dans « Le procès ». Pas de détails sur le perso (pas de nom chez Kafka). Ses émotions ne sont pas communiquées (Camus). Très novateur du point de vue du style parce que au passé composé (oral pour l’époque) au lieu du passé simple (Camus). Défense de l’absurde pour une époque donnée (Camus). Mort qui se fait attendre (les 2). La première personne (les 2). L’évocation des souvenirs et des jours qui se ressemblent (les 2). Je trouve très intéressant de voir les auteurs réemployer les mêmes stratégies et sujets mais, avec des styles différents. Camus se serait-il inspiré de Hugo et Hugo de Kafka ?
    Le procès 1925
    Le dernier jour d’un condamné 1929
    L’étranger 1942
    Abolition 1981.
    Un long chemin.

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    1. Hey ! Mais ton commentaire est ultra intéressant ! Tout d’abord, merci sincèrement pour le compliment, ça me fait chaud au coeur ! Ensuite concernant tes remarques très pertinentes, je n’avais jamais fait le rapprochement, mais tu as totalement raison. C’est pour des commentaires comme le tien que j’écris et en y réfléchissant, je remarque aussi les similitudes. Merci pour ce petit partage !

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  2. merci pour cet article, j’avais étudié ce livre à l’école et l’avais beaucoup apprécié pour l’enjeu qu’il portait, par contre sans vouloir t’offenser il y a une petite erreur dans ton article, la parution date de 1829 et non pas 1929 😉

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  3. Beau plaidoyer pour l’abolition de la peine de mort.

    On peut en être fier car aujourd’hui 142 États au monde sont abolitionnistes en droit et en pratique de la peine mort (Cf dernier rapport d’Amnesty International sur la peine de mort).

    Au demeurant, la peine de mort est cruelle et n’a pas un effet dissuasif.

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  4. Je connaissais le texte et le tiens pour le plus humain des plaidoyers contre cette horreur. Il fut suivi, bien après, par  »La Vie, l’amour, la mort », le film de 1969 de Claude Lelouch, avec une exécution par guillotine, filmée en détails et accompagnée de la récitation d’une description d’une plaidoirie de Maître Albert Naud qui dit de cet acte horrible, qu’il est un abattage clandestin au petit matin…

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  5. J’ignore comment vous êtes arrivé sur mon blog et sur mon article (« Les Rêveurs »d’Isabelle Carré). Merci en tout cas pour le retour positif. J’en profite donc pour visiter votre blog et bien m’en a pris, puisque j’ai pu redécouvrir ce livre de Victor Hugo. J’ai beaucoup apprécié l’analyse que vous en avez faite ainsi que les illustrations. Ça fait du bien de revisiter nos bons vieux classiques (moi, je fais plutôt dans le contemporain). Bravo et à bientôt.

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  6. Superbe analyse et merci de partager des informations aussi instructives !
    Je me souviens encore l’avoir lu au lycée, il y a maintenant quelques années et il m’a beaucoup marqué comme chacun des livres de Victor Hugo que j’ai pu lire.
    Bonne continuation !

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  7. J’avais lu, analysé ce livre d’Hugo à une époque ou tu n’étais pas né 😉 ce livre m’avait marqué, la fin de la peine de mort avait fait débat chez mes parents j’ai quelques vagues souvenirs et j’ai lu ce livre plus tard en 1ère j’en ai gardé un souvenir d’un livre humain, dur, éprouvant.
    Très belle chronique joliment écrite, un don certain pour jouer avec les mots.

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  8. Merci Thomas, pour cet article qui nous apprend beaucoup sur l’engagement de Victor Hugo, je vais lire ce livre que je ne connaissais pas. Les œuvres sur la peine de mort sont toujours douloureuses à lire ou à voir au cinéma, je pense à Le Jour se lève de Marcel Carné, ou plus récemment La ligne verte…

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  9. Article intéressant, pour la personne qui croit que Victor Hugo aurait pu être inspiré par Kafka, ils n’ont pas vécu dans le même siècle, j’ai moi aussi été confronté à la guillotine dans mes études de lettres, j’ai écrit un mémoire sur « L’âne mort et la femme guillotinée » de Jules Janin, un contemporain de Victor Hugo, bien que moins célèbre.

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  10. Tu as rendu visite à mon blog plusieurs fois et, te rendant la pareille, je tombe sur cet article présentant un livre-phare de la lutte contre la peine de mort. Ta prise de position est claire : la peine de mort est une horreur qu’on a bien fait de supprimer. Oui, oui. C’est ce qu’il est bien convenant de penser aujourd’hui. Mais cette position se basant sur une identification au condamné, ouvertement assumée par Victor Hugo, est-elle bien fondée ? Elle part du principe que tout être humain, aussi mauvais soit-il, quelle que soit l’horreur du crime commis et quel que soit la malsanité et la tortuosité de son esprit, peut effectuer sa rédemption. Que le naturel auquel tout être humain retourne de façon spontanée dès qu’il est placé dans des conditions qui le lui permettent est la gentillesse et la bonté. Ce principe est-il fondé ? Cette position sur la peine de mort suppose aussi que l’emprisonnement, quelle que soit sa durée, y compris perpétuelle, est une peine plus clémente. Cette supposition est-elle fondée ?
    Le monde est tel qu’il est et les hommes tels qu’ils sont. Le rejet principiel de la peine de mort n’est-il pas une dénégation naïve de la réalité ? Ne favorise-t-il pas un contentement de la conscience au détriment de la confrontation certes troublante mais indispensable à la complexité du réel ?

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  11. Erreur détectée à la relecture : lire « quelles que soient la malsanité et la tortuosité de son esprit » et non « quel que soit la malsanité et la tortuosité de son esprit »

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