L’Île des esclaves, un pied de nez à l’aliénation sociale signé Marivaux

Des naufragés jetés par la tempête dans l’île des Esclaves sont obligés, selon la loi de cette république, d’échanger leurs conditions : de maître, Iphicrate devient l’esclave de son esclave Arlequin, et Euphrosine, de maîtresse, devient l’esclave de son esclave Cléanthis. Mais cet échange ne fait que remplacer une oppression d’usage et de tradition par une oppression de rancune et de vengeance. Seule la transformation des cœurs peut rendre l’inégalité des rangs acceptable et juste en faisant reconnaître par tous l’égalité des âmes. Cette transformation est l’oeuvre d’Arlequin, qui pardonne à son maître, lui rend son pouvoir, et dont la générosité est contagieuse. L’île des Esclaves, comédie rapide et intense, où triomphe Arlequin, réunit, comme souvent chez Marivaux, la bouffonnerie et le sublime (source : SensCritique).

Aujourd’hui, je m’attaque à un romancier, un moraliste, un auteur comique, mais surtout à l’un des plus grands écrivains français de l’histoire : monsieur Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, appelé plus communément Marivaux. Autant vous le dire, je n’ai à peine pas la pression et je ne veux absolument pas me rater sur cette chronique lecture. De ce fait, après avoir lu cette oeuvre, j’ai aussi regardé une pièce de théâtre tiré de ce livre afin de mieux appréhender, comprendre et analyser l’Île des esclaves. Ainsi, si cela vous intéresse, je vous mets une vidéo de cette pièce (revisitée) à la fin de cet article. Passons à l’analyse.

220px-Van_Loo_Pierre_Carlet_de_Chamblain_de_Marivauxmaxresdefault

L’Île des esclaves, c’est une comédie théâtrale composée d’un acte de 11 scènes et qui sera représentée pour la première fois le 5 mars 1725 par les Comédiens Italiens (une troupe célèbre) à l’Hôtel de Bourgogne, à Paris. Véritable satire sociale, cette oeuvre vise à amener l’homme à réfléchir sur les thématiques de l’aliénation sociale (l’esclavage) et de l’exclusion. Pour pousser à une telle réflexion, Marivaux emploi la comédie et le pathétique pour marquer les esprit et faire passer, de manière très naturelle, un message moraliste, le tout en seulement 11 petites scènes. Efficace.

Alors qu’initialement, cette oeuvre semble tendre vers la tragédie, Marivaux prend le lecteur et le spectateur de revers, laissant place à une vraie confusion des sentiments, à un improbable échange de rôles entre maîtres et valets et une fin rocambolesque. A titre personnel, c’est ce que j’ai le plus apprécié. Pourquoi ? Imaginez-vous juste une seule seconde la tête des spectateurs lors de la toute première représentation, eux qui, par exemple, refusaient à l’époque de laisser entrer leurs domestiques dans un théâtre. Eux pour qui l’esclavage n’était qu’un malheureux service qui ne reflétait que la logique d’un rang social élevé, rien de plus. Leur demander d’échanger leur rôle de maître contre celui d’esclave (valet) ? Une horreur…

Dans notre société moderne, cela reviendrait à demander à un PDG d’une grande entreprise de devenir l’employer d’un de ses agents d’entretien à qui il n’adressait même pas un « bonjour » ou un regard. Voilà le tour de force et de malice de notre cher Marivaux. L’Île aux esclaves n’est peut-être plus d’actualité de nos jours parce que l’esclavage est aboli, mais la hiérarchie sociale, elle, demeure, et les privilèges qui s’y rattache, aussi. Tout est une question de vision et de vocabulaire…

Tu as aimé cet article et tu veux m’aider à faire vivre ce site ? N’hésite pas à faire un petit don alors !

Malgré des milliers de vues par mois et un plan Premium sur WordPress, je n’ai récolté que quelques centimes après plusieurs mois de travail et de nombreuses heures passées derrière mon écran avec mon petit blog. Du coup, si tu as envie de m’aider à faire vivre ce site tout en me permettant de gagner un peu ma croûte avec, j’ai mis en place ce petit système de dons qui, bien entendu, n’est pas obligatoire. La bise !

€1,00

Publicités

12 commentaires sur “L’Île des esclaves, un pied de nez à l’aliénation sociale signé Marivaux

  1. Très intéressant, j’adore Marivaux surtout « Le Jeu de l’amour et du hasard »! Toujours ces échanges maîtres-valets, ces quiproquos typiques du marivaudage et les personnages inspirés de la commedia del’arte. Drôle tout en abordant des sujets graves comme l’exclusion, l’aliénation sociale et le mariage. L’Ile des esclaves = pièce digne du siècle des Lumières! 🙂 Merci de m’avoir rappelé l’importance de cette pièce au XVIIIème siècle 😉

    Aimé par 2 personnes

  2. J’adore Marivaux et sa langue merveilleuse qui nous rappelle que le français est une langue toute en finesse, capable de dire des choses sans les dire explicitement, délicate sans être précieuse. Marivaux a donné « marivaudage » mais il n’est pas superficiel ni vulgaire. Il plonge le lecteur/spectateur dans, comme tu le dis justement, la « confusion des sentiments ». A lire, relire et écouter en pièces de théâtre mais ce serait faire un contresens que de l’imaginer contestataire. Ses visions sociales sont totalement en accord avec une société aristocratique où chacun avait une place donnée par sa naissance, qu’il ne pouvait quitter sans contredire l’équilibre social de cette société d’ordre, auquel chacun est ramené malgré tout.

    Aimé par 3 personnes

  3. Très intéressant et toujours d’actualité, sauf, qu’on peut espérer que maintenant l’idéal n’est plus dans l’échange des rôles mais l’abolition des privilèges (ah, dans mon oreillette, on me dit que c’est déjà fait depuis plus de 200 ans parait-il

    Aimé par 1 personne

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s